Archaïsme

Par l’appareillage technique ultra sophistiqué des nouvelles technologies, mon but est de faire remonter à la surface certains archaïsmes humains, certaines attitudes que l’on peut supposer primitives, comme faisant partie du fonds archaïque et premier de notre humanité, à savoir le sexe et la mort, la peur. Dans cette perspective, j’enferme l’internaute dans un espace donnant l’illusion d’être infini (par l’invisibilité de ses limites) mais qui s’avère en fait un espace clos et réduit : l’utilisateur a la sensation de ne pouvoir y échapper. Comme dans mes « Primales » avec leurs sensations d’enfermement, offrant des formes organiques aux contours arrondis créant un univers intra-utérin. Cet aspect double d’infini/enfermement est une métaphore de l’esprit humain dont les limites ne sont pas visibles. A partir de là, s’établit l’identification de l’internaute à mon espace interactif. La personne se trouve ainsi face à son esprit par ce processus identificatoire. C’est la condition première que j’établis afin que l’interactivité agisse pleinement; et qu’ensemble, cet espace et l’internaute se déploient en elle. Maintenant, fatalement, les couches profondes de l’humanité peuvent faire surface c’est-à-dire donc le sexe, la mort et la peur : la « SexMultiface » avec son espace kaléidoscopique et hallucinatoire, « NeuroSex » dans une lecture fragmentaire des images produisant un télescopage du sens, « ArchaicVibes », monde de démesure, de beauté pure et d’angoisse.

Ce qui est aussi capital pour moi est que l’action de l’interactivité effectuée par l’internaute lui soit invisible afin que l’identification soit entière, parfaitement créée et instaurée. L’internaute face à mes champs d’interactivité n’a pas l’impression de dialoguer avec une machine mais doit avoir l’impression, en quelque sorte, d’être dedans. La véritable interaction, pour moi, est la totale corporification de la machine. C’est-à-dire que le but est de la faire oublier. On n’a pas l’impression qu’elle nous répond, qu’elle nous est hétérogène. On fait corps avec elle.